Lettre de Poilu

En 1917, la guerre durait depuis 3 années interminables. Malgré la complexité et le dénuement de leur quotidien, chaque soldat prenait le temps d’écrire une lettre à ses proches, y cherchant du réconfort. La lettre suivante nous a particulièrement touchés, c’est pourquoi nous avons souhaité la partager avec vous.

15 septembre 1917

Ma chère,

Merci pour ta lettre, elle me donnera sans doute du courage pour le carnage qui va suivre. Nos généraux ont l’air effectivement de n’avoir sur la conscience que leur propre personne. Ta lettre m’a réchauffé le cœur et je l’emporterai avec moi sur le champ de bataille qui, sans doute, sera le lieu de mon dernier souffle.

La vie est dure ici, avec ces pluies torrentielles. Les tranchées deviennent de véritables bourbiers qui nous transforment en blocs de boue. Nos uniformes, autrefois bleus, sont maintenant si décolorés et si sales qu’ils en sont désormais couleur boue. Si cela te paraît déjà horrible, ce n’est rien par rapport à ce que je vais te décrire : les cadavres, voilà le pire, ils sont partout,il n’y a pas moyen de dormir à moins d’un mètre d’une tête, d’un buste ou encore d’une main tenant toujours fermement l’instrument de mort responsable de ce désastre humain. Et l’artillerie, elle est bien belle l’artillerie ! Presque 4 ans que j’entends ce vacarme rythmé et incessant. Quasiment aucune pause. Seulement parfois la nuit, pour dormir et encore ! Les rondes interminables entre les cadavres ne sont pas pour favoriser le sommeil. La nourriture est immonde, si affreuse que je pense avoir perdu le goût, à moins que ce ne soit à cause de l’odeur de mort régnant absolument partout, à l’avant, à l’arrière et même dans les caves, seul lieu de repos ici. Elle est forte, horrible, presque asphyxiante. Je serais sans doute mort si tu ne m’écrivais pas régulièrement.

Ce matin, j’ai sans doute vu la pire scène à laquelle j’ai jamais assisté durant cette guerre, pire encore que la vie dans les tranchées. Un « exemple ». Un camarade mort non pas sur le front, mais à l’arrière juste à côté de l’artillerie et des tentes des officiers, d’ailleurs, en face des officiers. Un fusillé encore un. Je n’avais jamais vu ça de ma vie : la mise à mort d’un homme innocent, sans défense et si désespéré qu’il n’implorait même pas le pardon. Cette guerre inutile est le théâtre de la bêtise humaine, de l’avidité de pouvoirs et de richesses des « grands » de ce monde, car maintenant il y a deux mondes : le front et le reste. Dans cette guerre infâme, l’Homme y est si déshumanisé qu’il en devient une machine de mort conçue pour anéantir l’ « ennemi », obéissant bêtement aux ordres, étant tirée par des marionnettistes élus par le peuple, qui, lui, est manipulé et croit une vérité qui le pousse à un nationalisme dangereux et haineux. Nous ne réfléchissons pas et s’il nous arrive ce malheur, nous finissons comme notre pauvre camarade, fusillé ce matin. Heureusement , voilà déjà trois Noëls que nous pouvons voir nos voisins d’en face sans devoir les tuer.

Jules

Cette lettre vous a touché ? Elle vous a appris quelque chose des conditions de vie de ceux qu’on appelait les POILUS.

Et bien, sachez qu’elle a été rédigée par un élève de 3ème, Jules D.

Décembre 2015 N°1

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